Le Deux-Roues Motorisé

Avis du Conseil scientifique

Après des années de forte baisse de la mortalité routière en France, nous observons malheureusement une augmentation du nombre de tués sur la route, en 2014 et en 2015, soit sur 2 années consécutives, et cela pour la première fois depuis 2001.

Les accidents de deux-roues motorisés qui représentent près d’un quart des décès avec 625 motocyclistes et 165 cyclomotoristes tués en 2014, n’ont pas connu une évolution aussi satisfaisante que celle constatée pour les automobiles ces dernières années. Indépendamment des efforts réalisés pour promouvoir une meilleure protection des usagers vulnérables (piétons, cyclistes), la catégorie des usagers de deux-roues motorisés demeure encore exposée à un risque élevé en France. Les deux-roues motorisés qui représentent moins de 2% des déplacements motorisés entraînent un risque d’accident 19 fois plus élevé que sur les voitures.

Dès le premier appel à projets de la FSR en 2007, le thème de la vulnérabilité des motocyclistes faisait partie des problèmes majeurs de l’insécurité routière qu’il fallait traiter. Toutefois les premières propositions sur ce thème retenues par la FSR répondaient au deuxième appel à projets (2008) et se concentraient sur les sujets suivants : Détectabilité, Compatibilité avec les autres modes de déplacement et Exposition au risque.

Pour son quatrième appel à projets (2012), la Fondation Sécurité Routière a encouragé les expertises collectives destinées à établir un bilan actualisé des connaissances, et à produire des recommandations d’actions préconisées par la communauté scientifique.

L’appel à projets a défini de façon très précise les attentes de la Fondation sur le contenu de la recherche, à savoir :

  • L’accident : des causes aux conséquences,
  • La performance des systèmes d’information en sécurité routière.

Pour son cinquième appel à projets (2014), comme indiqué précédemment, la Fondation Sécurité Routière a décidé de concentrer ses moyens sur le thème de l’accidentologie des deux et trois roues motorisés en particulier sur le devenir des blessés et sur les usages en lien avec la sécurité.

En réponse à l’appel à projets 2008, la Fondation a soutenu trois propositions :

Le projet PERCEPT qui proposait d’investiguer la problématique de la non détection des deux roues motorisés par les autres usagers en recourant complémentairement à une analyse approfondie des mécanismes d’accidents de deux-roues motorisés, une investigation expérimentale des processus sous-jacents et une analyse plus opérationnelle des besoins des conducteurs concernés.

Le projet DRMSpatial avait pour objectif d’appréhender le risque routier des deux-roues motorisés dans l’espace ; il s’agissait ici de prolonger des recherches déjà réalisées en y intégrant une nouvelle dimension : la dimension socio-spatiale. Les déterminants spatiaux des accidents devaient être mis en évidence afin d’expliciter les liens entre les caractéristiques des territoires de LMCU (Lille Métropole Communauté Urbaine) à différentes échelles et les caractéristiques des impliqués.

L’objectif de SENSORIMOTO était de travailler à la mise au point du simulateur de conduite des deux-roues motorisés de l’IFSTTAR et d’évaluer sa validité pour l’étude des comportements des conducteurs moto en s’appuyant sur l’analyse des relations fonctionnelles existant entre les stratégies visuelles et le contrôle de trajectoire.

L’objectif de DYMOA, lancé suite à l’appel à projets 2012, était double :

  • Développer de nouvelles méthodes de diagnostic des infrastructures routières et de leur usage par des deux-roues motorisés et des véhicules légers à l’aide d’EDR (Enregistreurs de Données de la Route), basées notamment sur l’analyse des incidents.
  • Produire des connaissances sur l’utilisation réelle d’un deux-roues motorisé, en distinguant : les interactions avec l’infrastructure, l’utilisation des capacités dynamiques des deux-roues motorisés et les comparaisons véhicule légers / deux-roues motorisés.

Ce projet s’inscrivait dans le domaine de la sécurité routière au sens large et il était destiné notamment aux gestionnaires de réseaux. Il avait pour but de produire de nouvelles connaissances sur l’impact de l’infrastructure dans la genèse des incidents et accidents.

Le projet SECU2RM (appel à projets de 2014) visait à quantifier l’importance des principaux facteurs à l’origine de l’accident de deux-roues motorisés.

Il permet en particulier d’apporter un éclairage sur :

  • Les causes des pertes de contrôle en fonction des types de deux-roues motorisés et de leur usage,
  • L’efficacité des dispositifs d’aide au freinage,
  • L’accidentologie comparée des différents types de deux-roues motorisé,
  • Les usages en fonction du type de deux roues motorisés et les caractéristiques de l’usager.

Un deuxième objectif était d’établir les bilans lésionnels de l’ensemble des victimes usagers de deux-roues motorisé. Un troisième objectif était, pour les victimes présentant un risque vital, d’estimer le bienfondé de solutions de protection et d’évaluer la pertinence de leur prise en charge et leur devenir à 6 mois.

La catégorie des usagers de deux-roues motorisé demeurant encore exposée à un risque élevé en France, l’ensemble des paramètres et critères pouvant expliquer cette sur-vulnérabilité devait pouvoir être étudié.

L’intégration du deux-roues motorisé dans le trafic routier exige une bonne détection de ce véhicule par les autres usagers. Le projet PERCEPT s’est efforcé de trouver les relations entre non détection des deux-roues motorisés par les autres usagers et mécanismes d’accidents de deux roues motorisés. D’autres projets comme SENSORIMOTO et DYMOA se sont concentrés sur l’étude des comportements des conducteurs de deux-roues motorisé en fonction de l’infrastructure qui les entoure et de leur capacité à conserver une trajectoire optimale. Une approche reposant plus sur des données sociologiques a été retenue pour le projet DRMSpatial.

 

Enfin le dernier projet concernant les deux-roues motorisés a privilégié, sous l’influence de la Fondation, une approche pluridisciplinaire basée sur l’observation de résultats provenant de plusieurs sources. Le projet SECU2RM reposait sur la consolidation, l’exploitation et la mise en œuvre de données et bases de données comme par exemple le Registre du Rhône ou des bases de données sur l’Ile de France ou la région de Marseille. Les équipes de recherche impliquées dans ce projet sont composées d’accidentologues, d’épidémiologistes, de statisticiens, de biomécaniciens, d’urgentistes et de cliniciens.

 

 

L’ensemble des études sur le deux-roues motorisé nous a permis de mettre en exergue des résultats intéressants sur les problématiques deux-roues motorisé en ayant une approche multidisciplinaire dans la mesure où ces résultats concernent le conducteur du deux-roues motorisé, son environnement, la sociologie des conducteurs, l’usage des infrastructures ou encore le traitement des blessés après accident. En particulier, le projet PERCEPT a permis d’établir qu’un problème perceptif était impliqué dans la très grande majorité (78 %) des défaillances spécifiques auxquelles sont sujets les usagers de la route confrontés à un deux roues motorisé. De plus, l’étude nous a appris que lorsque le mouvement est défini comme un des critères de détermination d’une cible, il devient un attracteur attentionnel efficace. Il a été déduit de cette étude des modalités d’action et des contre-mesures pour limiter l’occurrence des accidents liés à la perception. Cette étude a également contribué à l’élaboration par l’Association Prévention Routière d’un outil pédagogique intitulé « Motoprev ».

Le projet DRMSpatial, qui a permis de croiser les catégories d’usagers ainsi que leurs Professions et Catégories Socioprofessionnelles (PCS), a mis en évidence des différences significatives des risques en fonction des différents usagers. Il ressort en particulier que la catégorie « Étudiants, lycéens, collégiens » affiche le taux de risque le plus élevé. L’étude montre également que les usagers de deux-roues motorisé « ouvriers » ont un taux de risque largement supérieur à ceux des « cadres et professions intellectuelles supérieures ». DRMSpatial apporte également un éclairage intéressant sur la fréquence des accidents en fonction de la proximité des hyper- centres et de la situation socio-économique des conducteurs de deux-roues motorisé.

SENSORIMOTO a permis d’améliorer le réalisme du Simulateur dans le contrôle de trajectoire notamment grâce à l’introduction d’un roulis visuel « raisonnable ».

Une connaissance nouvelle et intéressante sur la compréhension des mécanismes qui conduisent aux accidents en observant le comportement des conducteurs en diverses situations, en analysant l’usage des infrastructures et en comparant les deux-roues motorisés et les véhicules légers sur zones accidentogènes nous a été apportée par le projet DYMOA.

La traumatologie des usagers des deux-roues motorisés a été analysée par SECU2RM au regard des équipements de protection portés ou non. L’analyse des blessés pris en charge par les services d’accueil d’urgence vitale a permis de fournir une description détaillée des lésions graves et/ou avec des séquelles graves et d’évaluer si la prise en charge des traumatisés sévères des deux-roues motorisés est en adéquation avec les typologies de traumatismes constatés a posteriori. De plus, ce projet a permis de fournir une analyse critique et des recommandations sur l’efficience de certains dispositifs de protection.

Sans avoir couvert l’ensemble de la problématique deux-roues motorisé, les résultats de ces études s’inscrivent dans les axes de la Fondation Sécurité Routière en matière de recherche sur la protection des usagers vulnérables (cohabitation dans l’espace urbain, compatibilité avec les autres modes de déplacement, exposition au risque).

Ces études ont, entre autres, permis l’élaboration par l’Association Prévention Routière d’un outil pédagogique intitulé «Motoprev», d’améliorer le réalisme du simulateur dans le contrôle de trajectoire, ainsi que notre compréhension des mécanismes qui conduisent aux accidents, de fournir une analyse critique et des recommandations sur l’efficience de certains dispositifs de protection et enfin d’évaluer si la prise en charge des traumatisés sévères des deux-roues motorisés est en adéquation avec les typologies des traumatismes constatés.